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La Mangrove : définition
La mangrove est un milieu azonal, une formation ripicole pantropicale localisée caractéristique de tous les écosystèmes des côtes à delta soumises aux
marées des régions intertropicales. Plus précisément, la mangrove est l’association de plantes arborescentes et arbustives caractérisée par des adaptations morphologiques
et/ou physiologiques leur permettant de survivre dans un milieu instable influencé périodiquement par les eaux saumâtres ou marines. Elle se développe dans les zones où la
température minimale du mois le plus froid est supérieure à 16°c et où la salinité varie entre 0 et 90 ppt.
Les mangroves dans le monde
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Les mangroves étant un milieu des régions littorales intertropicales, elles se retrouvent entre le tropique du Cancer et celui du
Capricorne. Elles occupent une superficie totale de 160.000 km², soit 1% des formations forestières tropicales naturelles. Le continent africain totalise 20% des
mangroves mondiales. Les mangroves sont reconnues par l’UNESCO comme un habitat de valeur cruciale parmi les milieux côtiers et certaines, telles celles de la
Réserve Biosphère du Delta du Saloum, sont classées comme faisant partie du patrimoine mondial de l’humanité (http://www.unesco.org/mab).
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limites approximatives des mangroves du monde
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La superficie occupée par les mangroves dans le monde décroît assez rapidement, au rythme de 1.1% en Asie à 0.7% en Amérique latine et en Afrique.
Comparée aux autres types de végétations tropicales, la mangrove compte peu d’espèces végétales et toutes sont adaptées à ce milieu ultra-sélectif. C’est ainsi que se
retrouvent une cinquantaine d’espèces dans les mangroves indiennes ou malaysiennes alors qu’il n’y en a qu’une dizaine en moyenne pour les autres régions du monde et seulement
7 pour l’Afrique de l’Ouest .
Les utilisations traditionnelles de cet écosystème sont restées longtemps sans grand impact sur les ressources. Ce n'est que récemment, du fait de pressions anthropiques
croissantes, qu’il a commencé à subir de fortes dégradations aux conséquences plus ou moins importantes ; depuis une érosion côtière accrue à une diminution des
rendements de pêche. Le développement économique des zones littorales, la conversion en bassins aquacoles ou en terres pour l'agriculture (rizières) sont les principales
causes de la disparition des mangroves au niveau mondial. D'autres activités telles que le prélèvement de bois de feu pour les villes côtières ou la construction de barrages
contribuent à provoquer un recul souvent irréversible de cet écosystème.
Les mangroves du Sénégal – cas de la
Casamance
Au Sénégal, les mangroves occupaient en 1990 un peu moins de 300.000 ha. Celles-ci sont localisées au débouché des grands fleuves que sont le Sénégal, le Saloum et le
Casamance, ce premier n’en possédant qu’une très faible part. Le taux de régression des mangroves pour l’ensemble du pays peut être estimé à 4,5 % pendant la période 1980-95.
En ce qui concerne la Casamance, la mangrove aurait régressé de 10 à 50 % de sa superficie originelle pendant les années 1970 à 1990, ce qui serait essentiellement lié à
l’augmentation de la salinité qu’aggravaient par endroit les coupes abusives.
Les mangroves occupent l'estuaire de la Casamance sur environ 130.000 ha. Elles s'étendent de la frontière de Guinée-Bissau au sud jusqu'à Diouloulou au nord et occupent une
bande importante sur la rive nord du fleuve qui s'amenuise après Ziguinchor pour n'apparaître que sur des îlots ou en minces rideaux le long des rives jusqu’en amont de
Sédhiou. Sur la rive sud du Casamance, les mangroves sont moins étendues.
En Basse-Casamance, les données récentes de la superficie de mangroves sont lacunaires et des valeurs de 80.000 à 250.000 ha sont citées, ce qui peut s’expliquer par la
définition donnée aux mangroves, c’est à dire si les tannes sont considérées comme en faisant partie ou non. Voici quelques données :
1980 : 250.000 ha
1973 : 93.150 ha
1979 : 90.750 ha
1983 : 88.750 ha
Au début du 20ème siècle, d’importantes superficies de mangroves ont été exploitées en Casamance pour alimenter en bois de chauffe et en charbon de bois la population locale
mais aussi les centres urbains du pays. En 1942 par exemple, 2.500 tonnes de bois de palétuviers ont été exportés sur Dakar et 6.000 tonnes en 1943. L’exploitation était telle
qu’elle permettait également l’exportation du charbon de bois vers l’extérieur : Marseille, Alger,… Les coupes pratiquées étaient des coupes étocs sur de grandes
superficies (il était possible d’apercevoir Tobor depuis le port de Ziguinchor après celles-ci). Face à cette situation et compte tenu de la spécificité et de la fragilité de
cette formation végétale, les mangroves ont été classées en 1945 par l’Arrêté n°3433 SE/F du 12 novembre. Elles bénéficient depuis du statut de "forêts classées".
Bien que d’autres facteurs entrent également en compte, ces coupes ont fortement dégradé la mangrove et ont marqué sa physionomie. C’est ainsi que les mangroves de la région
de Ziguinchor, présentant l’avantage d’être facilement accessibles pour l’abattage, sont de taille basse avec des palétuviers au port arbustif alors que dans les régions moins
accessibles, se retrouve de très hautes mangroves avec des palétuviers au port arborescent. (obs. pers). Actuellement, dans la région de Ziguinchor, les mangroves sont
également affectées par :
- le problème de sécheresse avec ses conséquences sur l’évolution des sols dont nous parlerons plus loin;
- les barrages anti-sel tels que celui d’Affiniam et de Guidel. Ceux-ci ont localement considérablement diminué l’étendue de terre inondable occupée
par les mangroves. En amont du barrage, l’eau devenue douce et l’arrêt de l’influence des marées ont provoqué la disparition de la mangrove. En aval du barrage, par
contre, c’est l’excès de salinité due à l’intense évaporation qui est la cause de sa régression.
- La croix noire sur la carte 2 localise le barrage d’Affiniam. Ce barrage est opérationnel depuis 1987 et avait pour but de récupérer 12.000 ha de
terres pour la riziculture. Sans atteindre cette superficie, cet ouvrage a bien sur permis de récupérer des terres mais il a aussi détruit toute la mangrove en
amont visible sure la carte 2 (zone plus claire en amont de la croix).
- les coupes illégales ou abusives;
- la récolte des huîtres par la coupe des racines de palétuviers ;
- le défrichement de la mangrove pour l’aquaculture et la riziculture ;
- la pollution (notamment par les hydrocarbures)
- …
Pendant les dernières décennies, la sécheresse et ses conséquences sur le sol ont été la cause majeure de la régression des mangroves. Entre 1969 et 1985, environ 70 à 80% des
palétuviers auraient ainsi disparu. Actuellement, depuis l’augmentation de la pluviosité depuis la fin des années ’90, une reconstitution progressive a été observée sur
quelques sites.
La mangrove : un écosystème particulier
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Le milieu mangrove est caractérisé par des conditions physiques et chimiques très variables dans le temps. Ces variations sont dues au phénomène de fluctuation
du niveau d’eau, au mélange des eaux continentales et marines, aux apports nutritifs,… Les mangroves diffèrent également des autres écosystèmes forestiers par
le fait qu’elles reçoivent de grands apports de matières et d’énergie en provenance du milieu terrestre comme du milieu marin. Elles montrent un fort degré de
diversité structurelle et fonctionnelle, ce qui les situe parmi les écosystèmes les plus complexes.
D’un point de vue écologique, les mangroves fournissent la matière organique à la base des chaînes alimentaires des cordons littoraux et des eaux côtières peu
profondes.
La mangrove, outre son importance socio-économique, rend plusieurs "services" dont les plus importants sont :
-
la stabilisation et la protection des littoraux ;
-
la modération des effets des tempêtes et des cyclones côtiers ;
-
le maintien d’une bonne qualité de l’eau en retenant les charges alluviales et en filtrant et retenant les charges polluantes ;
-
d’être à la base des chaînes alimentaires grâce à son importante productivité primaire et la quantité de détritus produite ;
-
de servir d’aires de croissancs et d’alimentation à de nombreuses espèces de poissons, de crustacés et de mollusques qui profitent de la richesse
alimentaire du milieu, des eaux calmes et des nombreuses racines;
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de servir de support de nidification, de sites alimentaires, d’abris,… pour de nombreuses espèces d’oiseaux.
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schéma simlplifié des relations trophiques dans les mangroves
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La morphologie et la topographie des mangroves sont en étroite relation avec la marée. Se distinguent ainsi trois étages :
- l’étage supratidal avec tannes herbacées ou tannes vifs (sont appelées "tannes" les zones généralement dénudées au sol halomorphe faisant suite aux
palétuviers).
- l’étage intertidal avec la mangrove proprement dite et les tannes inondées
-
l’étage infratidal à vase nue
Ces dépôts de vases comportent une slikke de poto-poto (vase molle) découverte à marée basse et colonisée par la mangrove. En arrière de celle-ci, se
retrouve souvent le schorre, c’est à dire les dépôts vaseux mieux égouttés, soit stériles, soit couverts d’une végétation herbacée. Les mangroves du Sénégal sont avant tout
caractérisées par le rôle prépondérant que jouent la salinité et la teneur en souffre de leur sol dans la pédogenèse. Ces sols de mangroves présentent la caractéristique
d’avoir un important taux de souffre sous forme de pyrite et sont appelés « sols sulfatés acides » bien que ces sols soient en réalités fort variés.
Le faciès des sols à mangrove est donc un faciès de sol hydromorphe plus ou moins évolué, organique, halomorphe,… selon l’âge de la mangrove, c’est à dire selon son niveau de
maturation.
La salinité
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Les mouvements du sel dans les sols de mangroves sont des phénomènes naturels résultants des caractéristiques climatiques saisonnières. Pendant la saison
sèche, l’eau de la mangrove à Avicennia, très superficiellement drainée, s’évapore, augmentant ainsi la concentration en sel. Dans les tannes, c’est
l’évaporation des eaux des nappes, alimentées souterrainement par la pulsation des marées, qui concentre le sel avec des teneurs beaucoup plus élevées encore.
Le transit se fait donc, en saison sèche, depuis l’extérieur vers le centre. Mais, lors de la saison des pluies, l’eau dissout le sel accumulé provoquant une
circulation inverse. De plus, les importantes précipitations de l’hivernage diluent le sel et font chuter considérablement les concentrations. Les problèmes de
sécheresse actuelle modifient ce schéma provoquant une sursalinisation pouvant se manifester par des dépôts solides. Depuis 1972 est également constatée une
forte augmentation des eaux libres.
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Schéma simplifié des mouvements de sels au niveau des berges des bolongs
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L’acidité
Le pH normal des mangroves est proche de la neutralité avec des variations saisonnières. De manière simplifiée, nous pouvons dire que le pH est sous l’influence de
l’alternance saisonnière d’engorgement et de dessiccation qui modifie le potentiel d’oxydo-réduction, favorisant alternativement l’un ou l’autre phénomène.
En période engorgée, la réduction affecte le fer des particules et des grains de quartz SiO2 ainsi que le souffre des sulfates déposés avec les sédiments sous l’effet de
l’évolution anaérobie de la matière organique des vases des mangroves à Rhizophora. Les produits de la réduction, les sulfures de fer et la pyrite Fe2S, s’accumulent
au niveau racinaire des Rhizophora et atteignent des concentrations de 5 à 6%. Le système racinaire d’Avicennia, traçant, n’a quant à lui pas cette
particularité.
En saison sèche lorsque le niveau de la nappe baisse, une partie des sulfures est oxydée en acide sulfurique faisant baisser le pH parfois de manière importante : jusqu’à
une valeur de 3 à 2 lorsque le sol est sec. Cette acidification, très faiblement neutralisée car le milieu contient peu de bases, augmente de la mangrove externe vers les
tannes et sera lessivée par les pluies où le phénomène de réduction va recommencer et ainsi de suite. Ces sols ont donc une importante acidité potentielle.
Comme pour la salinité, le problème de la sécheresse a modifié ce schéma et provoqué une acidification accrue. La baisse du pH entraîne la libération d’aluminium par les
argiles qui peut repasser dans l’eau libre, abaissant davantage leur pH et pouvant exercer une action phytotoxique non négligeable. La salinité, l'acidité et la toxicité
alumino-ferreuse constituent les principales contraintes des sols sulfatés acides qui peuvent de la sorte devenir stérile.
De la jarosite MFe3(SO4)2(OH)6 (avec M : cations divers) et, dans une moindre mesure, du gypse CaSO4.2H2O peuvent également se retrouver dans le milieu suite à
l’oxydation de la pyrite. Ces composés sont associés à une acidité importante mais, dans les zones soumises à l’influence quasi-permanente de la marée comme le bras principal
du Casamance, l’acidité résultant de l’oxydation de la pyrite est rapidement neutralisée par les apports d’eaux marines. En amont de ces zones, par contre, l’acidité se
développe sans neutralisation possible .
Après ces dernières décennies "sèches", il apparaît donc aujourd’hui que l’acidité, si elle est toujours potentielle dans les mangroves et spectaculaire à ses débuts, est
aujourd’hui masquée par une salinité extrême qui affecte tous les niveaux des bassins fluvio-marins avec parmi les conséquences les plus visibles :
- au niveau des vasières : un rétrécissement de la mangrove à Rhizophora sur les bras principaux et sa disparition presque totale sur les
bras secondaires; son remplacement par une mangrove à Avicennia mieux adaptée à l’excès de sel bien qu’elle soit parfois elle aussi atteinte de mortalité massive.
- au niveau des tannes : une augmentation considérable des surfaces hypersalées et stériles : les "tannes vives" développées aux dépends de
la mangrove.
- au niveau des rizières de mangroves : l’abaissement de la nappe d’eau douce et sa contamination par les nappes salées ont comme première
conséquence une salinisation et un abandon de la riziculture. L’intrusion du front salin atteint parfois même la palmeraie qui présente alors une forte mortalité.
Flore
Les forêts de mangroves ont une structure relativement simple, le nombre de strates étant la plupart du temps réduit à une seule. Les mangroves sénégambiennes sont des
mangroves de type "atlantique", caractérisées par leur pauvreté en espèces végétales, soit 6 espèces de palétuviers pour tout l’Ouest africain : Rhizophora
harrisonii, Rh. mangle, Rh. racemosa (les palétuviers "rouges"), Avicennia nitid (palétuvier "noir"), Conocarpus erectus (palétuvier "gris")et
Laguncularia racemosa (palétuvier "noir").
La mangrove étant un milieu très sélectif, les espèces qui la peuplent possèdent des adaptations très poussées qui leur sont propres. La salinité, la profondeur de l’eau et la
force de la houle sont les principaux facteurs limitants de ce milieu et chaque espèce de palétuviers a ses exigences propres et ses limites vis-à-vis de chacun d’eux. Les
palétuviers sont des végétaux halophytes facultatifs mais, dans les eaux douces, une végétation mieux adaptée prend le dessus. Les palétuviers ont développés des systèmes
d’adaptation aux milieux salés :
- la tolérance aux très fortes concentrations en sels dans la sève, une pression osmotique élevée permettant une alimentation en eau correcte;
- l’excrétion active du sel par les racines et les feuilles (Avicennia) grâce à des cellules spécialisées qui contrôlent cette hypertonie
cellulaire ou encore l’excrétion passive par l’accumulation du sel dans les feuilles âgées avant leur chute;
- une cuticule épaisse et coriace, un contrôle de l’ouverture de leur stomate et de l’orientation de leurs feuilles pour limiter la perte en eau
douce ;
Les sols étant engorgé d’eau la majeure partie du temps, ils sont de ce fait anaérobies. Ce problème de l’anaérobie du milieu est résolu par la présence de racines aériennes
(rhizophores et pneumatophores) spongieuses possédant de nombreuses lenticelles facilitant ainsi les échanges gazeux.
Les Rhizophora (Rhizophoridae), ou palétuviers rouges, sont des palétuviers caractérisés par leurs nombreuses racines « échasses » aériennes en
forme d’arches, les rhizophores, issues du tronc ou des branches. Ces racines, fortement subérisées et imperméables permettent d’une part l’encrage et la stabilité de
l’arbre dans un milieu vaseux et d’autre part une respiration optimale. Les Rhizophora supportent une salinité de 0 à 65 g/l. Les fruits sont appelés des
propagules et sont vivipares, la plantule se développant avant la chute du fruit en se servant de celui-ci comme support.
Avicennia nitidae (Verbenaceae), ou palétuvier blanc, est un palétuvier de plus petite taille au feuillage gris-vert. Cette espèce possède un
tronc unique d’où rayonnent des racines traçantes dont les nombreux pneumatophores, à géotropisme négatif, forment un tapis continu sous le peuplement dépassant les sédiments
d’un vingtaine de cm. Ces racines aériennes à port de stalagmite possèdent de nombreuses lenticelles assurant les échanges gazeux. Les feuilles excrètent le sel et en sont de
ce fait souvent couvertes. Avicennia supporte des salinités plus élevées que les Rhizophora, jusqu’à 90 g/l, ce qui explique sa position dans la zonation des
mangroves.

De gauche à droite : feuilles d'Avicennia avec excretions salines, pneumatophores, rhizophores et propagules de Rhizophora.
Dans l’ensemble, les palétuviers sont de taille moyenne avec une hauteur de 2 à 15m, Rhizophora racemosa étant le plus grand, certains pouvant atteindre 30 m comme il
est possible de le voir par endroit sur la rive gauche du Casamance entre Kaffoutine, Kalissaye et le marigot de Diouloulou (Manay com. pers., obs. pers.). Chez les
palétuviers, l’hydrochorie est de règle, l’eau assurant la dispersion des propagules et des fruits qui peuvent résister à la dessiccation et entrer en dormance pendant
plusieurs semaines ou mois jusqu’à rencontrer les conditions optimales de croissance.
Des berges au rebord des plateaux ou des terrasses, il existe une zonation caractéristique de la végétation liée à la topographie, à la fréquence des submersions, soit par les
marées, soit par les pluies et donc à la salinité. Il existe différents types de séquences propres à chaque région et qui peuvent évoluer dans le temps avec les conditions
climatiques.
En Casamance, avant la sécheresse, la séquence type était :
- une étroite bande de Rhizophora racemosa (2-5m) ;
- une bande très large de Rhizophora mangle (30-50m) plus petit en taille que Rh. Racemosa ;
- une bande plus ou moins large dans laquelle se retrouvent associés Rh. Mangle et surtout Avicennia nitida (plus tolérante au sel)
(20-30m) ;
- une bande plus étroite (5-10m) d’Av. nitida avec un tapis de Sesuvium portulacastrum, s’éclaircissant vers le tanne et faisant
limite avec le tanne vif ou le tanne herbacé.

Coupe schématique de la mangrove casamançaise (Sow et al., 1994)
Actuellement, principalement suite aux problèmes de sécheresses des dernières décennies, cette séquence-type est rare et, en 1985, elle ne se trouvait déjà plus que sur la
rive gauche du fleuve ou encore dans la vallée de Kamobeul. C’est la bande à Rhizophora sp., plus sensible qu’Avicennia à la salinité, qui a été la plus
atteinte. Reste à leur place une zone de tanne inondée ou une mangrove dégradée.
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Les mangroves de la Casamance sont donc maintenant composées en grande partie de seulement deux espèces: Rhizophora racemosa
et Avicennia nitidae. La première, parfois absente, constitue des peuplements à peu près purs en bordure des marigots. Dès que l'on atteint des sols
moins humides et plus sablonneux l'Avicennia constitue l'essentiel des mangroves. Elle envahit aussi les rizières abandonnées soumises à l'influence
des marées. Des arbustes buissonneux, caractéristiques des sols salés, notamment Conocarpus erectus, se trouvent aux lisières des terres fermes qui
font suite aux
mangroves.
C’est ainsi que la plupart des mangroves autour de Ziguinchor se présentent avec une étroite bande de Rhizophora, parfois non continue, derrière laquelle
s’étend une très large bande d’Avicennia et les tannes.
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mangrove de Ziguinchor
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Faune
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La mangrove est un milieu très productif. La productivité primaire des arbres de mangroves par unité de surface est estimée à
sept fois supérieure à celle du phytoplancton côtier . Cette importante productivité primaire est essentiellement liée à un turn-over élevé de la matière
organique fournie par la litière. Les productions algales issues des processus de minéralisation de la litière ou des apports nutritifs d’origine océanique et
continentale sont très importantes et représentent la base de tout un réseau trophique complexe. Cependant, toute cette production est difficilement accessible
à la faune terrestre. On ne retrouve donc dans les mangroves qu’une faune paludicole, nageuse, arboricole ou volante. De ce
fait, alors que l’avifaune est abondante et diversifiée, les mammifères par contre sont très peu représentés dans ce type d’environnement. La faune benthique
et l’ichtyofaune sont composées d’espèces marines euryhalines qui peuplent la zone la plus salée et d’espèces saumâtres qui leur succèdent vers l’amont quand
la mangrove devient discontinue. La faune des mangroves est caractérisée par un nombre relativement peu élevé d’espèces dont les populations présentent de gros
effectifs donc une biomasse importante.
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Uca sp.
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Le milieu mangrove se caractérise par une forte hétérogénéité spatiale grâce aux importants entrelacs formés par leurs racines échasses et pneumatophores, ce qui constitue un
habitat de choix à de nombreux mollusques parmi lesquels Crassostrea gasar, Brachidontes niger, Chihamalus rhizophorae, Tympanotonus
fuscatus,… et des crustacés dont Uca tangeri, Sesarma elegans, Cardisoma armatum,... Ces deux derniers groupes sont, en termes de biomasse, les
animaux les plus importants.
Cet habitat constitue également une importante zone de frai pour beaucoup d’espèces de poissons et offre de nombreuses ressources alimentaires aux alevins, constituant ainsi
une véritable nurserie. Il assure également une protection contre les prédateurs et amorti les perturbations physiques liées à l’activité hydrodynamique des marées. Au niveau
de la faune ichtyologique, les eaux saumâtres tropicales sont essentiellement composées par des espèces euryhalines à affinité marine mais aussi, dans une moindre mesure, par
des espèces dulcicoles qui pénètrent dans les eaux peu salées. Les poissons marins tropicaux sont moins sensibles aux variations de salinité que les espèces dulcicoles
généralement très sensibles. L’importance de l’écosystème mangrove pour les espèces marines tropicales est incontestable puisque plus de 80% de celles-ci séjournent à un
moment de leur vie dans les estuaires de ce milieu
Paradoxalement pour de telles zones humides, l’herpétofaune est peu représentée. Alors que des reptiles tels que les crocodiles, tortues, serpents, varans,… sont ou étaient
présents, les amphibiens eux sont inexistants . Ce dernier groupe est d’ailleurs très peu représenté au Sénégal puisque seule deux espèces d’Anoures sont connues.
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De nombreuses espèces d’oiseaux exploitent ce milieu même si elles ne s’y nourrissent pas toujours. La mangrove est alors utilisée comme support pour la
nidification, comme abri ou encore comme perchoir pour la nuit ou lors des marées hautes. La liste complète des espèces d'oiseaux des mangroves dans chaque
région biogéographique comprend entre 150 et 250 espèces. Dans le monde, 65 d'entre elles sont cataloguées comme menacées ou vulnérables.
Contrairement à la flore, le milieu mangrove ne présente aucune espèce animale qui lui est inféodée. En effet, même les espèces les plus remarquables comme les
oiseaux d’eau, le Lamantin Trichechus senegalensis, le Crabe violoniste Uca sp, les périophtalmes Periophtalmus sp.… sont capables
d’exploiter d’autres milieux.
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Periophtalmus variatus - mangroves de Colobane
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Intérêts socio-économiques de la mangrove
Alors que les mangroves ont longtemps été considérées comme des milieux inhospitaliers, insalubres et improductifs, elles commencent aujourd’hui à être reconnues d’utilité
publique car présentant des intérêts tant sur le plan écologique qu’économique. Elles remplissent en effet des fonctions multiples dans l’écosystème et fournissent de nombreux
produits en quantité aux populations locales et ce depuis toujours.
Parmi ces produits ou ces utilisations directes, citons :
- la production de bois de feu, de construction ou encore d’art. Le bois de palétuviers est un bois nerveux, remarquablement solide et
exceptionnellement durable avec cependant une tendance à se fendre au séchage. Comme bois de feu, il présente l’avantage de brûler en donnant une chaleur uniforme tout en
produisant peu de fumée. D’après les inventaires effectués en 1984, la mangrove de Basse-Casamance présentait un volume sur pied de bois de service (perches de
constructions) et de bois de feu d’environ 50 m³/ha, auquel l’on pouvait ajouter 15m³/ha de bois mort sur pied, d’où une possibilité d’un peu plus d’un m³/ha/an, si cette
formation était aménagée. Ces données ont très probablement évolué à la baisse au vu de l’état de dégradation actuel de la mangrove. Alors que dans de nombreuses régions à
mangroves du monde, une sylviculture précise se développe, la sylviculture de la mangrove sénégalaise et même africaine n’en est qu’à ses débuts et, par conséquence, ces
mangroves ne font l’objet d’aucune gestion forestière à grande échelle.
- l’utilisation pharmaceutique. Les feuilles, racines et graines de palétuviers entrent dans bon nombre de préparation thérapeutique, notamment contre
les céphalées, les maux de ventre, pour la cicatrisation,…
- les produits animaux : les poissons, crabes, crevettes, langoustes, huîtres, pagnes,…
- l’apiculture
- la riziculture de mangrove et la pisciculture
- la production de sel
- le tanin, extrait de l’écorce des bois de palétuviers et utilisé pour la tannerie, la teinture et pour préserver les filets de pêche
- …
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